Conversation avec Mlle Terite

Into the woods, Technique mixte, 30×40cm, 2012.

Il était une fois, une petite fille qui aimait les histoires. Vingt ans — et des brouettes — plus tard, diplômée en design produit et design graphique, Mlle Terite, de son vrai nom Sandrine Barrois, est devenue une artiste plasticienne.
Elle aime toujours autant les histoires mais maintenant elle les crée, puisant dans la littérature, le cinéma, les images d’actualité. Elle y évoque l’enfance, l’innocence, la naïveté et la cruauté parfois.
Un dialogue entre le réel et la fiction s’instaure, agrémenté d’une touche de poésie.
Ses œuvres prennent, selon le cas, différentes formes : de la photo au dessin, de la sculpture à l’installation.
Mlle Terite est née en 1982. Elle vit et travaille à Lyon où nous l’avons débusquée pour lui poser quelques questions.

Bonjour Mademoiselle, la forêt est plutôt récurrente dans votre travail, pourquoi ?
La forêt, c’est le lieu des contes. Une ambiance particulière y règne. Mystérieuse, angoissante, la forêt peut aussi être apaisante et devenir un refuge.
La forêt, terrain de jeu du meilleur comme du pire. On y pénètre et on ne sait pas ce que l’on va y trouver. J’aime m’y perdre. C’est un merveilleux décor pour y ancrer une histoire.
Chacun est alors libre de l’issue de celle-ci. Je questionne, lance une intrigue.

Votre univers est plutôt sombre ; vous travaillez sans couleur ?
Les gravures, notamment celles de Gustave Doré, m’ont toujours intéressée. Il s’en dégage
une émotion, une grande intensité.
J’utilise la couleur avec parcimonie. Seules quelques touches peuvent apparaître pour mettre en avant certains éléments, certaines matières. La couleur comme une touche de vie afin de contrebalancer la tristesse, la nostalgie sous-jacente.

Est-ce que le cadre fait partie intégrante de vos œuvres ou est-ce juste un système de monstration ?
Le cadre par son aspect et/ou son format est souvent le point de départ de mes œuvres. Il permet de donner le ton, l’esprit de la pièce. Il est alors totalement intégré dans le processus de création.
Par exemple, pour Celle qui voulait faire chanter son cœur, le cadre, par son aspect, me permettait de penser l’ensemble comme un bas-relief et d’être en total cohérence avec l’histoire racontée. De même, pour les deux petits cadres ronds de A path through the trees, l’idée était de donner l’impression de regarder à travers une longue vue, de surprendre un instant dans la forêt.

 

A path trough the trees 1 & 2, diam. 14cm. Crayon, papier, carton, 2012.
A path trough the trees 1 & 2, diam. 14cm. Crayon, papier, carton, 2012.

 

Votre technique se situe entre le papier découpé et le crayonné ; quelle dimension ces techniques apportent-elles à votre travail ?
J’aime mêler les deux techniques. Le crayonné seul ne me suffit généralement pas. J’aime apporter du volume que ce soit à travers différents plans et/ou en travaillant la matière. La découpe, le pliage du papier mais également le travail avec le tissu, le fil m’intéressent.
En plus d’apporter plus de finesse à l’ensemble, les découpes permettent aussi de créer des jeux d’ombres et d’offrir des variations en fonction de la lumière.

Installation Cathy is alright, boutique “Les Poupées” à l’occasion de l’évènement Artistes en Pente/Parcours d’Artistes, 300 oiseaux en origami, Lyon, 2012.
Installation Cathy is alright, boutique “Les Poupées” à l’occasion de l’évènement Artistes en Pente/Parcours d’Artistes, 300 oiseaux en origami, Lyon, 2012.

Vous avez dernièrement travaillé sur de la scénographie ; est-ce une orientation qui vous intéresse pour le futur ?
Oui, tout à fait. C’est très intéressant et agréable de pouvoir donner plus d’ampleur à une histoire. La scénographie permet d’intégrer directement le public, de le faire participer à ce que je raconte.
On peut alors le surprendre, le questionner.
Je souhaite développer cette pratique de plus en plus que ce soit des installations en intérieur mais également en extérieur.

Merci Mademoiselle !

Celle qui voulait faire chanter son cœur, 34×29cm, 2012. Toile encadrée, techniques mixtes (carton, papier, fil de coton, acrylique, pastel à l’huile, aiguille).
Untitled, 50×70cm, technique mixte, 2012

 

© Images : Mlle Terite
Son blog : www.mlle.terite.over-blog.com/